L'araignée crabe, un prédateur aussi féroce que fragile !
Aujourd’hui je voudrais vous parler de petites créatures qui nous donnent des frissons, qui nous émerveillent et qui parfois nous font partir en courant, les araignées. Mais pas n’importe lesquelles, j’ai choisi de vous présenter une famille en général, les Thomisidae. Plus communément appelé les araignées-crabes. Elles tirent ce nom de la longueur plus importante de leurs deux paires de pattes antérieures et de leur marche essentiellement latérale, comme le fameux crustacé !
Un des genres d’araignée-crabe les plus présents en Europe est le genre Thomisus (photo ci-dessous). Dont le nom vernaculaire, thomise est souvent repris pour les décrire. Ainsi il existe la thomise enflé, la thomise citronnée ou encore la thomise sombre qui sont généralement des individus du genre Thomisus. Seulement voilà, les noms vernaculaires peuvent porter à confusion. On retrouve plusieurs espèces pouvant être décrite par le même nom vernaculaire ou à l’inverse, une espèce qui selon le phénotype (caractère morphologique propre à un individu) à plusieurs noms. Et parfois ça complique grandement les choses. J’utiliserai pour ma part araignée-crabe, parce que je trouve la comparaison avec le crustacé assez sympa.
Si vous en êtes arrivé là, c’est que vous voulez en savoir un peu plus. Et bien, l’aire de répartition de cette famille d’araignées s’étend sur la grande majeure partie des continents sauf les pôles. Il fait bien trop froid là-bas, pas folle la guêpe ! En parlant de guêpes mais aussi de papillons, abeilles et autres insectes volants, ils ne résistent pas à l’effroyable technique de chasse de ces araignées-crabes. A l’affût, elles attendent tapies dans l’ombre, souvent dans les corolles des fleurs. Ainsi lorsqu’un insecte butineur se pose, elles se saisissent d’une rapidité foudroyante de cette proie et s’en nourrissent. J’ai observé que certains individus pouvaient rester jusqu’à plusieurs jours dans la même fleur jusqu’à que celle-ci se fane. Elles utilisent pleinement leur environnement à leur avantage. Et certaines espèces ont même un petit secret qui rend leur l’affût terriblement efficace.
La grande roue de l’évolution les a pourvus d’un mécanisme de camouflage leur facilitant la tâche. En effet, les femelles matures ont l’habileté de pouvoir changer de couleur en fonction de leur environnement (Photo ci-dessus). Seuls deux genres ont cette fabuleuse faculté, les Misumena et les Thomisus. Cet étonnant mécanisme de camouflage, que l’on retrouve chez de nombreuses autres espèces comme le poulpe, la seiche ou le caméléon leur permet de se fondre dans l’environnement. Ce changement de couleur est dû à la présence d’une famille de pigments les ommochromes (pigment visuel) allant du jaune au rouge-violet, présents dans les tissus périphériques de ces araignées. La synthèse et la dégradation de ces pigments leur permettent de changer de couleurs. Ce processus reste complexe et encore peu connu, des équipes de chercheurs continuent de travailler sur celui-ci afin de mieux le comprendre. Hors ce camouflage ne rend pas la tâche aisée aux petits curieux qui voudraient observer ces petites créatures. Et oui cela n’aide pas forcément à les débusquer ! Il faut alors ouvrir l’œil et chercher dans les zones où il y a beaucoup d’insectes butineurs. On les trouve notamment dans les jardins, parcs mais aussi sur les routes et chemins de campagne.
Elles peuvent vivre non loin d’habitations, dans les espaces verts des villes et sont malheureusement confrontées à l’urbanisation, le désherbage ou toutes autres formes de destructions de leurs habitats. Même si elles se nourrissent d’insectes pollinisateurs, elles ont un rôle crucial à jouer au sein des écosystèmes, elles sont elles-mêmes les proies de guêpes maçonnes ou d’oiseaux. Elles font partie de ce que j’appelle la Nature Ordinaire, celle que l’on a près de nous et qui parfois ne semble pas nous émerveiller mais reste indéniablement le lien qui nous lie à notre environnement. Prendre conscience de ce qui nous entoure et de le protéger, de le valoriser est une notion capitale pour le futur. L’utilisation de pesticides, herbicides notamment par les particuliers est une des principales causes de pertes de nature ordinaire. Alors soyons tous vigilants et respectueux de notre environnement !
Pour aller plus loin, les sources :
- Riou, M., Christidès, JP. Cryptic Color Change in a Crab Spider (Misumena vatia): Identification and Quantification of Precursors and Ommochrome Pigments by HPLC. J Chem Ecol 36, 412–423 (2010). https://doi.org/10.1007/s10886-010-9765-7
- Godet Laurent, « La « nature ordinaire » dans le monde occidental », L’Espace géographique, 2010/4 (Tome 39), p. 295-308. DOI : 10.3917/eg.394.0295. URL : https://www.cairn.info/revue-espace-geographique-2010-4-page-295.htm