Comment l'environnement façonne-t-il les êtres vivants ?

     Voici une question bien complexe : depuis l’embryon jusqu’à la fin de leur vie, les organismes vivants sont modelés par leur environnement. Ici, l’environnement fait référence à un ensemble de conditions environnementales qui le compose et le définisse. Les conditions environnementales englobent des facteurs abiotiques tels que la température, l’altitude, le pH, la luminosité, la salinité, mais aussi des facteurs biotiques comme la nourriture, la présence de prédateurs ou de congénères. Elles peuvent être très diverses et agir en synergie, ou de façon antagoniste. Du génotype au phénotype, l’ensemble de ces conditions environnementales agissent comme un filtre façonnant les animaux et les végétaux. Ainsi, chez le muflier à grandes fleurs, Antirrhinum majus, les individus qui poussent sur des substrats rocheux (Fig1.A) sont généralement de plus petite taille et moins vigoureux que des individus enracinés dans du sol rocailleux et terreux (Fig1.B).

Figure 1 : Photographie issue du suivit Antirrhinum. (A) photographie d’un muflier à grandes fleurs sur substrat rocheux, (B) sur un substrat rocailleux et terreux.

     Les différents caractères bien déterminés qui définissent les êtres vivants sont couramment appelé des traits, qu’ils soient morphologiques, physiologiques ou comportementaux. Ils peuvent être neutre (sans conséquence), délétère (nuis à la survie de l’individu) ou adaptatif (lui procure un avantage). Un trait adaptatif procure un avantage, que ce soit en termes de survie ou de reproduction. À l’échelle de plusieurs générations, si certains individus sont spécifiquement plus performants dans un environnement donné, on parle d’adaptation. De plus, certains organismes peuvent, dans une certaine limite, ajuster leurs traits morphologiques, physiologiques ou comportementaux en fonction des variations des facteurs environnementaux. Cette aptitude est décrite comme la plasticité phénotypique. Les jeunes stades de vie (embryon, stade larvaire) sont généralement sensibles durant leur développement aux variations des conditions environnementales et démontre généralement une grande capacité à s’ajuster aux conditions du milieu. On décrit cela comme de la plasticité développementale. D’un point de vue évolutif, la plasticité développementale est une composante particulièrement importante. Elle permet aux jeunes stades de vie de survivre à des évènements abrupts et d’accéder au stade reproductif afin de faire perdurer une population ou une espèce. 

     Avec une température moyenne de 15.91°C soit 0.65°C de plus que les trente dernières années, c’est sans surprise que le mois de mai 2024 a été le mois de mai le plus chaud jamais vécu sur la terre et ce depuis que l’humanité a la capacité de réaliser des enregistrements météorologiques. C’est le constat alarmant réalisé par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) ou Intergovernmental Panel on Climate Change (IPCC). Le réchauffement global de la planète depuis l’aire industriel entraine des modifications rapides des conditions environnementales, sans précédent pour l’humanité. L’existence de milliard d’être vivant est radicalement modifié par cette augmentation des températures. En l’occurrence le réchauffement se conjugue en changement climatique induisant de profondes et imprévisible modifications des conditions environnementales. Ce même filtre qui régit l’existence de l’ensemble des être vivants.